| Bibliographie | ||
| Extrait du texte de Luis Porquet publié dans Les Affiches de Normandie le 20 août 2008 à propos de l’exposition Authouart œuvres récentes et œuvres anciennes (période noire) du 24 juin au 2 septembre AUTHOUART, Si chaque exposition d’Authouart a tendance
à prendre un caractère événementiel, celle
que la galerie Hamon lui consacre perpétue dignement la légende
personnelle du peintre. Mêlant quelques toiles anciennes aux réalisations
les plus récentes, comme son impressionnant « Manhattan crash
« , l’artiste a réuni une quarantaine d’œuvres
qu’il avait à cœur de présenter au public havrais. L’univers de Daniel Authouart ne saurait s’appréhender en quelques mots. S’il est, pour quelques-uns, tentant de l’assimiler à un habile metteur en scène (il pourrait être à la peinture ce que Spielberg est au 7ème art), son œuvre va bien au-delà d’un exercice de style agrémenté d’effets spéciaux. La peinture d’Authouart, de fait, reflète la complexité de sa vision et de son être. Derrière le faste des sunlights se cache un homme à multiples facettes exerçant sur le monde actuel, dont l’Amérique fut le fer de lance, un regard nostalgique et critique. Si la ville de New York le fascine, elle ne trouble pas son esprit. Sa démesure elle-même l’incite à prendre du recul, au propre comme au figuré. La tragédie du 11 septembre nous a montré combien cette Babylone contemporaine pouvait s’avérer vulnérable. Dans un film réalisé par Christophe Guyomard, « Le Français d’Amérique » (Key Light Production), Authouart décrit New York comme la vitrine de l’Amérique et le supermarché des images, insistant sur la « vibration unique » que cette ville exerce sur les individus qui y prennent pied. Pensée dans le moindre détail, sa peinture est l’écho de ses multiples sensations. Nourri dès son plus jeune âge de la culture d’Outre Atlantique, le peintre semble être né de cette rencontre avec ce monde lointain et cependant si familier aux hommes de sa génération : du cinéma au rock n’ roll, des gratte-ciel aux vastes étendues sauvages, des Peaux Rouges à Andy Warhol, Authouart a pris toute la mesure de cet univers flamboyant et ses « icônes » s’imposent comme des figures universelles : Charlot, Woody Allen, Marilyn, Bob Dylan… autant de mythes ancrés à notre inconscient collectif. Autant de rêves projetés sur nos écrans comme des modèles troublants et bouleversants d’humanité. « Mes déambulations dans New York
m’ont donné une grande sensation de lumière, explique-t-il.
Les flancs d’immeubles et leur perspective me fascinent, tout comme
le mouvement fébrile et continu de cette ville. Je m’efforce
d’en traduire l’harmonie verticale entre les couleurs et les
valeurs. Le crayon à la main, on passe dans un autre monde ».
Des croquis de New York, Authouart en a sans doute engrangé des
centaines, notant l’une après l’autre les couleurs
rutilantes des façades et des fringantes américaines (nous
parlons des voitures autant que des sexe symboles ». Cet eldorado
embrasé, foudroyant et décomplexé, a fait naître
tant de fantasmes qu’une vie entière ne pourrait suffire
à en saisir les miroitements. Mais à travers son œuvre
emblématique, Authouart exprime aussi le naufrage d’une certaine
politique et les désespoirs qu’elle a pu engendrer. Le rêve,
pour beaucoup, a pris des allures de cauchemar. L’Amérique
est conquise d’Est en Ouest, laissant à quelques-uns un goût
plutôt amer. L’univers des artistes, curieusement, surnage
à toutes les désillusions, comme autant d’images flottantes.
Leur visage demeure investi d’une immense charge émotionnelle.
________________ Extrait du texte de Thierry Laurent publié dans la revue VERSO Arts et Lettres N°49 avril 2008 AUTHOUART, PRINCE DE MANHATTAN Daniel Authouart appartient à cette tradition
d’artistes, qui ont une facilité déconcertante pour
le dessin et la peinture : on songe à Rubens, à Boucher,
et sur un mode plus frivole, à Boldini. Mais sa démarche
va heureusement bien au-delà de la simple démonstration
de virtuosité. Authouart façonne à longueur de toile
une mythologie contemporaine : celle d’un monde où le chaos
surgit des brèches d’un urbanisme à grand spectacle
qui cultive l’éblouissement, la fascination, l’illusion.
L’imitation à outrance du réel pratiquée par
l’artiste induit en même temps une critique radicale d’un
univers inféodé aux valeurs matérialistes, au cynisme
ambiant des hommes politiques, au fétichisme de l’image publicitaire. ________________ Texte
de Lydia Harambourg à propos de l’exposition Authouart «
Manhattan crash » Galerie du Centre Paris IV, du 17 avril au 17
mai 2008. Daniel
Authouart Amoureux
des villes, Daniel Authouart y puise ses sujets. New York a toute sa tendresse.
Il y retourne régulièrement, s’y immerge physiquement
à la chasse de l’insolite, comme en témoigne l’ensemble
prestigieux de dessins préparatoires qui accompagnent l’unique
peinture de l’exposition. Monumentale, la toile simule celle sur
laquelle on projette un film, auquel elle emprunte nombre de ses effets
visuels, comme le travelling ou les raccourcis. Elle déploie des
détails narratifs qui démultiplient les plans, les superposent
pour une vision grouillante d’une animation spécifique à
ce quartier mythique. ________________ Texte
de Jean-Luc CHALUMEAU pour présenter l'exposition de 7 oeuvres
issues de collections privées à l'occasion de la manifestation
"Nocturne rive droite 2007" à Paris avenue Matignon du
31 mai au 20 juin. Daniel
Authouart, En entrant dans l’atelier de Daniel Authouart, je suis tout de suite frappé par l’absence de tableaux de l’artiste : seule sur un chevalet, je ne vois qu’une grande toile en cours d’exécution. Aux murs, des multitudes de dessins et documents punaisés, mais pas davantage. C’est que les tableaux d’Authouart, impatiemment attendus par des collectionneurs inscrits depuis longtemps sur une liste d’attente, disparaissent dès qu’ils sont terminés (c’est à dire au terme d’environ mille heures, en moyenne, de travail acharné, et encore ne sont-ils jamais considérés comme vraiment terminés par le peintre à qui il arrive de demander à y apporter quelques retouches des années après la livraison…). Si, pourtant : dans un coin, accrochée assez bas, la toute première peinture d’Authouart est là, témoin émouvant de sa découverte de Toulouse-Lautrec alors qu’il n’avait pas quinze ans. Le professeur chez qui il préparait alors le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts lui avait suggéré de reproduire, en format réduit, Au Moulin Rouge, et le jeune Daniel avait instinctivement retrouvé les moyens par lesquels, en superposant des jus minces, Toulouse-Lautrec avait traduit l’ambiance nocturne d’un lieu éclairé à la lumière artificielle : le jeu de réflexion des miroirs en particulier, propageant une curieuse lueur verte. Le peintre-nain est là, à côté de son ami le longiligne Tapié de Celeyran. La Goulue, vue de dos, rectifie son chignon un peu plus loin. L’adolescent de 1958 a tout vu et su tout transcrire. Ce n’est pas par hasard si, beaucoup plus tard – ce sera en 2002 -, Authouart composera un tableau intitulé Boulevard Lautrec (une nocturne, justement). Sur le boulevard, à la hauteur du Moulin Rouge dans son état actuel, Toulouse-Lautrec est en train de traverser, accroché au bras de La Goulue qui elle même retient Valentin le désossé. Un cameraman en jean leur tourne le dos, seulement attentif à l’apparition d’une girl en haut de forme : ainsi va la vie dans notre monde voué à la superficialité, où l’un des génies absolus de l’histoire de l’art passerait inaperçu. Pas de Daniel Authouart en tout cas, qui lui a notamment emprunté sa manie de dessiner sans arrêt, remplissant partout où il passe d’innombrables carnets de croquis qui jonchent les tables de l’atelier de Rouen. Autre forte impression d’adolescence, la découverte du Christ à la colonne du Caravage (1607), au Musée de Rouen, va marquer durablement Authouart : il découvre là que l’on peut représenter un superbe corps (le Christ n’a pas encore subi la flagellation, et le Caravage lui a donné une apparence sculpturale classique) tout en lui imposant des déformations anatomiques pour des raisons strictement plastiques (la tête penchée est au même niveau que l’épaule gauche, créant une ligne horizontale faisant contraste avec la verticalité de la colonne). La scène décrite avec une grande intensité dramatique par Caravage (les bourreaux ont des têtes caricaturales de sadiques) est une nocturne. On ne s’étonne plus dès lors que, devenu peintre, Daniel Authouart affectionne les nocturnes ( au cours de la période récente, c’est notamment le cas pour Around the corner, Basquiat, Policierotic …) et que ses corps prennent parfois des apparences incongrues, non pas inventées, mais saisies sur le vif grâce aux fameux carnets : la dame excessivement grosse au premier plan à gauche d’une gouache préparatoire à N.Y. by night… war is over en témoigne. Sera-t-elle toujours là dans l’œuvre en cours que je vois dans l’atelier alors que le peintre estime qu’il lui faudra encore « au moins trois cents heures » pour l’achever ? Je n’en sais rien, et peut-être que l’artiste ne le sait pas non plus, car si minutieuse que soit la préparation de ses œuvres, si maniaque qu’en soit l’exécution, il me semble qu’il se réserve une part de liberté : ce que l’on appelle tout simplement l’inspiration. Car l’immense travailleur qu’est Daniel Authouart est un travailleur inspiré. Il est ainsi toujours à l’affût des hasards susceptibles de lui offrir des trouvailles plastiques : cette étiquette sur un colis, par exemple : « Empty/do not destroy » récupérée en 2004 pour un tableau dans lequel figure l’Empire State Building. Deux ans après le 11 septembre 2001, cela fait sens, et d’autant plus pour Authouart que lui-même avait peint, en 1999, une toile intitulée New York Jungle Tours dans laquelle on voyait des avions enfiler les rues de Manhattan. On songe à Robert Motherwell découpant l’étiquette indiquant son adresse sur le carton d’emballage de la NRF à laquelle il était abonné pour la coller sur un de ses tableaux. C’est du même ordre chez Authouart, et c’est plus fort : d’abord ce n’est pas collé, mais reporté – et dans plus d’une oeuvre, puisqu’on retrouve « do not destroy » dans le tableau fait en hommage à Basquiat, représentant sa maison new-yorkaise – et cela interpelle directement le spectateur. L’extrême richesse des tableaux d’Authouart, les effets de saturation qu’ils produisent donnent à la fois matière à regarder et matière à penser. Il y a presque toujours quelque chose « en dessous », du seul fait que l’artiste a longuement travaillé couche après couche tout en ménageant des trouées allant de l’une à l’autre : des espaces où l’on trouve des bandes dessinées en particulier, inventées par Authouart dans le plus pur style des comics des quotidiens américains de la grande époque, qui ne sont jamais là par hasard. Impossible d’appréhender les grands tableaux d’Authouart d’un seul coup d’œil. Ce descendant de Jérôme Bosch ne cesse jamais de nous raconter quelque chose, et ses jardins des délices paraissent inépuisables. Mais ces délices sont ambigus : le monde est à la fois formidablement intéressant et terriblement inquiétant, et nulle part ailleurs mieux qu’à New York l’on peut s’en apercevoir. Authouart est fasciné par New York parce que c’est là que, assis sur un trottoir proche de Times Square pour mieux multiplier les croquis, il lit son temps et recueille la matière première d’une peinture d’exception. Une peinture qui réussit à transposer New York en tant que cette ville est le creuset de toutes les contradictions du monde, le lieu où interviendra peut-être une révolution salvatrice, faute de quoi ce sera la fin du monde. Près de quarante ans après la publication de Projet pour une Révolution à New York, ce livre baroque dans lequel Alain Robbe Grillet affirmait que « le crime est indispensable à la révolution. Le viol, l’assassinat, l’incendie, sont les trois actes métaphoriques qui libèreront les nègres, les prolétaires en loques, les travailleurs intellectuels, de leur esclavage, la bourgeoisie de ses complexes… », quarante ans après Authouart semble prolonger la leçon par le moyen de ses images. Ces dernières opèrent une véritable catharsis dont il faudrait le temps d’analyser le fonctionnement. En
transposant à peine la conclusion de l’inventeur du Nouveau
Roman, je sens, en regardant N.Y. by night…war is over encore inachevé,
que Daniel Authouart fait partie, et au premier rang, de ceux qui cherchent
aujourd’hui des formes picturales capables d’exprimer (ou
de créer) de nouvelles relations entre l’homme et le monde.
Comme toujours, ce n’est pas évident à comprendre
: n’oublions pas que le grand Nicolas Poussin lui-même avait
sincèrement cru que Caravage était venu pour « tuer
la peinture ». ________________ Entretien
avec Alin AVILA Daniel Authouart
Cinémania Daniel
Authouart est un homo-pictor. Il n’est pas d’instant où
Vous
n’êtes pas le seul dont l’imaginaire
Je dirais que je suis une éponge, j’absorbe comme
nous tous, notre
L’Amérique est votre patrie
Je pars à la recherche de ce que j’ai vu dans les
films. Je parcours
De l’œil à la main, le crayon est l’outil qui
Toujours… Quand j’allais au cinéma je faisais
des dessins. Souvent
C’est d’ailleurs par cet autre aspect que
Commençons par le haut à droite. J’ai refait
l’affiche des Oiseaux …
A vous suivre, nous voilà emportés comme
… Et cela continue, les chevaux ont vite quitté l’écran
et rentrent en C’est
la logique de la construction des jeux
Je n’ai pas pu m’en empêcher. Cette femme au
physique intouché, ________________ Texte de Lydia HARAMBOURG dans La Gazette Drouot, avril 2002. Le dessin comme exorcisme. Dessiner comme on respire. Le dessin pour supplanter les mots et la parole. Authouart entretient des liens intimes, au-delà du raisonnable, pourrait-on dire avec le dessin. Il nous montre cette face cachée de son travail, la face risquée de sa création en gestation. La face impudique parce quelle confesse ses peurs comme ses fantasmes, avoue ses folies d'un instant, sa mauvaise conscience. "Dessin à dessein" nous montre les vrais dessous, avant qu'émerge la peinture, dont une rétrospective dans cette même galerie en 1999 avait rendu compte. La ligne conjure l'instant, l'immédiateté. Elle pactise, elle étreint et cerne le sens. L'exposition ouvre sur la présentation intégrale d'un cahier rempli de dessins réalisés sous l'emprise de la douleur vécue par Authouart pendant l'agonie de sa mère à l'hôpital. Récit brutal, volontairement provoquant où les soubresauts des ultimes moments renvoient à une extase sexuelle. Le dessin devient libérateur du mal, comme accoucheur d'une nouvelle vie. Le roi est nu. A ce délire graphique répond une sincérité que l'on retrouve avec la série des "coups de crayons" qui sanctionnent les décennies passées. Journal qui s'écrit au rythme des pulsions vitales, sismographe des émotions en prise sur un réel éphémère. Le troisième volet concerne une suite de dessins improvisés inspirés par son exposition à la galerie. ________________ Texte de Daphné TESSON dans Le quotidien du médecin, avril 2002. Muni
d'un crayon, le jour comme la nuit, Daniel Authouart croque la vie par
réflexe. Il en capte l'ironie, la complexité. Rien ne semble
échapper à cet ancien professeur de dessin qui s'inspire
du monde contemporain, en retranscrivant d'un trait talentueux la perversion,
la licence et la violence de notre époque. Mais Authouart ne s'en
tient pas à un compte-rendu fidèle de la réalité.
Il excelle aussi dans la transcendance. ________________ Extrait du livre AUTHOUART "Le grand canyon du supermarché des images", texte Jean-Louis PRADEL (éditions Somogy), 2002. Généreuse et prodigue, tourbillonnante jusqu'au vertige, la peinture de Daniel Authouart, trop virtuose, trop figurative, trop pleine d'un irrépressible besoin de tout peindre, ne peut, ni ne veut, prétendre à l'esthétiquement correct qui sévit aujourd'hui. Au mépris des prudences carriéristes et des stratégies normalisées par la mode, le marché et l'institution, Daniel Authouart affiche avec insolence sa liberté d'autodidacte très tôt jeté dans le grand bain des images. Ses tableaux ne sont pas de tout repos ! Le délire onirique le plus échevelé conjugué au réalisme documentaire le plus scrupuleux convoquent à la fois l'exigeante précision du dessin, les subtiles audaces de la couleur et tout un arsenal d'images ready-made ramassées dans les greniers de la mémoire collective comme au plus profond du labyrinthe des émotions et des couleurs du peintre. BD, photos de pin-up, stars du cinéma ou du rock and roll, plages normandes désertées ou Broadway, canettes abandonnées et vieux journaux poussés par le vent, nostalgie du rêve américain tournant tout à coup au cauchemar, l'autobiographie romanesque que donne à voir la peinture de Daniel Authouart fait feu de tout bois pour entraîner le visiteur vers l'ailleurs très singulier, plein de bruit et de fureur, dans lequel se précipite son train fantôme lancé à toute vitesse. Impossible de descendre en marche ! ________________ Extrait de l'édition complète et définitive de l'ouvrage "L'aventure de l'art au XXe siècle" sous la direction de Jean-Louis FERRIER (éditions Chêne Hachette), 1999. Une si jolie civilisation.
Une civilisation épatante, la nôtre - avec ses congés
payés, son bien-être pour tous, sa sécurité
sociale, mais des hôtels en piteux état et des carcasses
d'automobiles abandonnées sur la plage -, dans laquelle toujours
quelque chose cloche... C'est ce que montrent la plupart des oeuvres de
Daniel Authouart, cinquante-cinq ans, l'un des meilleurs peintres français
actuels. ________________ Extrait du livre AUTHOUART, texte Jean-Louis FERRIER (éditions HC Arts), 1998. Mais, peut-être, Authouart est-il-surtout un fou d'Amérique : celle des Indiens et des cow-boys, du cinéma... ainsi qu'on peut le voir dans sa Trilogie new-yorkaise, trois grandes toiles de 2 m x 3 m, d'une maîtrise exceptionnelle. La première d'entre elles, Movie Street, se situe à l'angle de la 42e rue, à quelques mètres de la bouche de métro dont le courant d'air chaud soulève la robe plissée de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion. Avec son Indien emplumé sur un cheval piaffant, son encombrement de grosses cylindrées, Charlie Chaplin qui traverse la rue en tenant Jackie Koogan par la main, son affiche de Laurel et Hardy, une autre de King Kong, ses titres de films célèbres - Midnight Cowboy, West Side Story... - qui alignent leurs lettres rouges sur des panneaux lumineux blancs, elle est une glorification du rêve américain. La deuxième, American psycho, située à Times Square dans un contexte analogue d'encombrement automobile où Clint Eastwood, dont le bras qui sort de l'affiche d'un western, brandit son colt et l'Indien qui bande son arc échangent un rayon laser, donne une image moins heureuse. Jusqu'à la dégradation de sa troisième toile, Manhattan Colors, où, dans Manhattan, un chauffeur éméché qu'une blonde embrasse sur la joue, prend un virage à toute allure, tandis que Beuys, chapeau cabossé et nez de clown, et Warhol chaussé de lunettes cassées, figurent deux pochards en rade au petit matin. ________________ Extrait
du catalogue "Une reliure pour des manuscrits Bouvard et Pécuchet
conçue et réalisée par Daniel AUTHOUART et Marie-Louise
BLAREZ-FONTENEAU" dans le cadre du mois du patrimoine écrit
(éditions Bibliothèque municipale de Rouen), 1992. L'artiste a aussi marqué cette image avec les codes qui lui sont propres, et qui ramènent à beaucoup d'oeuvres antérieures : l'amoncellement des objets sous la bâche secouée par le vent renvoie à tous les entassements hétéroclites qui figurent dans des tableaux des années 70, souvenir de ce qu'il voyait dans l'appartement de sa mère quand il était petit garçon. C'est de cette époque de sa vie que date la pendule qui inexorablement marque quatre heures moins cinq, à la fois allusion à un bonheur tout proche et première notion acquise du temps qui passe ("Quand la grande aiguille sera en haut, tu pourras aller faire un tour de manège" lui avait dit sa mère). La force de cette image rejoint celle de l'illustration de La Destruction dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire. Elle se raccorde aux grands mythes du passé : le tourbillon qui enlève l'homme au grand galop vers son destin final, la mort. ________________ Extrait du livre AUTHOUART, texte Francis PARENT (éditions Lecerf), 1989. To paint (to paint or not to paint ?) est "la seule toile depuis Guernica qui parle vraiment de son temps" confie Authouart (presque) sérieusement. Il est vrai que cette oeuvre importante parle non seulement du peintre (comme toujours), mais aussi de dictature de droite, dictature de gauche, de sexe, de religion, d'enfance et de vieillesse, de guerre, de droits de l'homme, etc. puisque tout cela est évidemment dans "le même bain". Pour Authouart, témoigner, construire une oeuvre qui corresponde à notre époque lui paraît être "la meilleure utilisation du temps qui lui reste à vivre". Mais aussi, face à tous ces problèmes politiques et sociaux, lorsque l'on est un peintre lucide, comment ne pas s'interroger courageusement comme le fait ici Authouart, avec le pinceau-pistolet sur la tempe ; "to paint or not to paint ?". ________________ Extrait
du texte de Paul et Florence VERCIER pour le livre "Authouart"
Présenter le peintre Daniel Authouart et son travail par l'analyse d'un seul tableau peut paraître une gageure. Mais toute oeuvre d'art n'est-elle pas révélatrice de celui qui l'a fait ? Elle intègre toutes les facettes du vécu de l'artiste, aussi bien celles qu'il contrôle que celles qu'il révèle malgré lui. Au niveau conscient, le choix des motifs et l'organisation de la toile pour un propos donné sont facilement appréhendés par l'analyse formelle. Moins directement, l'oeuvre témoigne aussi des expériences picturales passées. De façon plus cachée, et parfois même à l'insu du peintre, elle ouvre des aperçus sur sa psychologie ou les profondeurs de l'inconscient. Dernière remarque générale, elle porte l'empreinte du lieu et de l'époque où elle est conçue, du fait que l'artiste absorbe et renvoie sur la toile les influences du milieu spécifique qui l'environne, dans la France de cette fin du XXe siècle. ________________ Extrait
du texte de Maurice ACHARD pour le livre "Authouart"
Et le paquebot d'Amarcord envahit l'écran. C'était
un grand film. Il y a souvent des bateaux qui flottent, au fond des tableaux
d'Authouart. Il se souvient d'une vieille amie qui quittait Paris en voiture
pour Le Havre chaque fois que le France s'annonçait au port. Rien
que pour le voir. Pire qu'une femme de marin. Ne l'appelez jamais comme
ça. Authouart s'en souvient. Amarcord. On pourrait jouer
au jeu de Georges Pérec, l'écrivain. Vous me conjuguerez
six "je m'en souviens" en une minute sans réfléchir.
Si je m'en souviens... |
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