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Extrait du texte de Luis Porquet publié dans Les Affiches de Normandie le 20 août 2008 à propos de l’exposition Authouart œuvres récentes et œuvres anciennes (période noire) du 24 juin au 2 septembre

AUTHOUART,
LE FRANÇAIS D’AMERIQUE

Si chaque exposition d’Authouart a tendance à prendre un caractère événementiel, celle que la galerie Hamon lui consacre perpétue dignement la légende personnelle du peintre. Mêlant quelques toiles anciennes aux réalisations les plus récentes, comme son impressionnant « Manhattan crash « , l’artiste a réuni une quarantaine d’œuvres qu’il avait à cœur de présenter au public havrais.
Prodigieux dessinateur, Authouart se plaît à mélanger les mondes, passant de la confidence au gigantisme, et New York demeure pour lui le « supermarché des images ». Il en exprime la démesure et les contrastes les plus extrêmes.

L’univers de Daniel Authouart ne saurait s’appréhender en quelques mots. S’il est, pour quelques-uns, tentant de l’assimiler à un habile metteur en scène (il pourrait être à la peinture ce que Spielberg est au 7ème art), son œuvre va bien au-delà d’un exercice de style agrémenté d’effets spéciaux. La peinture d’Authouart, de fait, reflète la complexité de sa vision et de son être. Derrière le faste des sunlights se cache un homme à multiples facettes exerçant sur le monde actuel, dont l’Amérique fut le fer de lance, un regard nostalgique et critique. Si la ville de New York le fascine, elle ne trouble pas son esprit. Sa démesure elle-même l’incite à prendre du recul, au propre comme au figuré. La tragédie du 11 septembre nous a montré combien cette Babylone contemporaine pouvait s’avérer vulnérable. Dans un film réalisé par Christophe Guyomard, « Le Français d’Amérique » (Key Light Production), Authouart décrit New York comme la vitrine de l’Amérique et le supermarché des images, insistant sur la « vibration unique » que cette ville exerce sur les individus qui y prennent pied. Pensée dans le moindre détail, sa peinture est l’écho de ses multiples sensations. Nourri dès son plus jeune âge de la culture d’Outre Atlantique, le peintre semble être né de cette rencontre avec ce monde lointain et cependant si familier aux hommes de sa génération : du cinéma au rock n’ roll, des gratte-ciel aux vastes étendues sauvages, des Peaux Rouges à Andy Warhol, Authouart a pris toute la mesure de cet univers flamboyant et ses « icônes » s’imposent comme des figures universelles : Charlot, Woody Allen, Marilyn, Bob Dylan… autant de mythes ancrés à notre inconscient collectif. Autant de rêves projetés sur nos écrans comme des modèles troublants et bouleversants d’humanité.

« Mes déambulations dans New York m’ont donné une grande sensation de lumière, explique-t-il. Les flancs d’immeubles et leur perspective me fascinent, tout comme le mouvement fébrile et continu de cette ville. Je m’efforce d’en traduire l’harmonie verticale entre les couleurs et les valeurs. Le crayon à la main, on passe dans un autre monde ». Des croquis de New York, Authouart en a sans doute engrangé des centaines, notant l’une après l’autre les couleurs rutilantes des façades et des fringantes américaines (nous parlons des voitures autant que des sexe symboles ». Cet eldorado embrasé, foudroyant et décomplexé, a fait naître tant de fantasmes qu’une vie entière ne pourrait suffire à en saisir les miroitements. Mais à travers son œuvre emblématique, Authouart exprime aussi le naufrage d’une certaine politique et les désespoirs qu’elle a pu engendrer. Le rêve, pour beaucoup, a pris des allures de cauchemar. L’Amérique est conquise d’Est en Ouest, laissant à quelques-uns un goût plutôt amer. L’univers des artistes, curieusement, surnage à toutes les désillusions, comme autant d’images flottantes. Leur visage demeure investi d’une immense charge émotionnelle.
...

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Extrait du texte de Thierry Laurent publié dans la revue VERSO Arts et Lettres N°49 avril 2008

AUTHOUART, PRINCE DE MANHATTAN

Daniel Authouart appartient à cette tradition d’artistes, qui ont une facilité déconcertante pour le dessin et la peinture : on songe à Rubens, à Boucher, et sur un mode plus frivole, à Boldini. Mais sa démarche va heureusement bien au-delà de la simple démonstration de virtuosité. Authouart façonne à longueur de toile une mythologie contemporaine : celle d’un monde où le chaos surgit des brèches d’un urbanisme à grand spectacle qui cultive l’éblouissement, la fascination, l’illusion. L’imitation à outrance du réel pratiquée par l’artiste induit en même temps une critique radicale d’un univers inféodé aux valeurs matérialistes, au cynisme ambiant des hommes politiques, au fétichisme de l’image publicitaire.
L’artiste est né en Normandie, non loin de Rouen, en pleine seconde guerre mondiale. Cette circonstance explique sans doute l’atmosphère de fin du monde autant tragique que joyeuse de ses toiles, où les ciels sont sillonnés de vieux bombardiers à hélices, les avenues, aux trottoirs éventrés, parcourues de jeep remplies de GI. Authouart quitte l’école à quatorze ans, mais il dessine sans cesse, sous les conseils du peintre Gustave Legros, et sa première révélation est la peinture de Toulouse Lautrec, sa vision d’un Paris du spectacle et de la galanterie, où la vulgarité transcendée par l’art se mue en exubérants panaches. Il fréquente l’école des Beaux Arts de Rouen, et se consacre totalement à la peinture à partir des années 1970. Se « consacrer » est un mot faible. L’artiste est entré en peinture comme un moine en religion, car le maniement silencieux des pinceaux devient une occupation de tous les instants, un sacerdoce. Mais sa source d’inspiration, son terrain d’élection, le lieu qui l’attire, se trouve loin de sa terre natale, de l’autre côté de l’Atlantique, et c’est à New York qu’il passe une partie de son temps, tout en conservant Rouen comme port d’attache. New York donc, cette nouvelle Babylone, la ville où la déchéance côtoie l’opulence, où il fait jour même la nuit, avec laquelle il noue une relation amoureuse, avec ce que l’amour sous-entend de haine, de passion et d’ambiguïté.

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Texte de Lydia Harambourg à propos de l’exposition Authouart « Manhattan crash » Galerie du Centre Paris IV, du 17 avril au 17 mai 2008.
Paru dans : La Gazette de l’Hôtel Drouot N° 17 – 2 mai 2008

Daniel Authouart
Manhattan crash

Amoureux des villes, Daniel Authouart y puise ses sujets. New York a toute sa tendresse. Il y retourne régulièrement, s’y immerge physiquement à la chasse de l’insolite, comme en témoigne l’ensemble prestigieux de dessins préparatoires qui accompagnent l’unique peinture de l’exposition. Monumentale, la toile simule celle sur laquelle on projette un film, auquel elle emprunte nombre de ses effets visuels, comme le travelling ou les raccourcis. Elle déploie des détails narratifs qui démultiplient les plans, les superposent pour une vision grouillante d’une animation spécifique à ce quartier mythique.
Authouart travaille en ethnographe mais recourt au dessin et à la couleur, qui fondent son langage identitaire.
Chroniqueur de ses contemporains, c’est bien en peintre qu’il transcrit ce qu’il ressent. Si son regard analytique travaille à la façon d’une caméra, le trait, sans repentir, exprime l’attitude juste dans son immédiateté éphémère. Un exercice familier et grisant pour celui qui caresse le rêve d’être le fils naturel de Toulouse-Lautrec. Le trait, rehaussé de couleurs, dissèque, implacable mais tendre, amoureux. Il fouille, débusque l’imprévu – les acteurs d’une Drag Queen échappés du cortège – comme le quotidien citadin, consigne le décor – le bar Chevy’s, le Hard Rock Cafe ou encore les buildings, le Regina March, les enseignes et les affiches multicolores. De cette machine à dessiner, l’imaginaire extrait d’une fiction plus vraie que nature. « Il y a ce qu’on voit et ce qu’on raconte », confie Authouart. Son récit fonctionne sur le principe du collage de ses images collectées sur des carnets promptement remplis de sa main virtuose. Rentré à l’atelier, il tisse des histoires maillées pour une composition vertigineuse, où le temps et l’espace sont ceux du peintre. Le cyclorama se déclenche, convoquant figures mythiques et ruée vers l’Ouest, où le télescopage visuel ouvre sur la liberté narrative et ludique. La métamorphose du réel s’écrit dans la permanence.
Authouart quête le temps, celui qui rythme Bel Ami et Une vie. Entre les deux, il y a le temps de son regard pour un récit, le nôtre, le sien.

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Texte de Jean-Luc CHALUMEAU pour présenter l'exposition de 7 oeuvres issues de collections privées à l'occasion de la manifestation "Nocturne rive droite 2007" à Paris avenue Matignon du 31 mai au 20 juin.

Daniel Authouart,
ou le nouveau projet pour une Révolution à New York
²

En entrant dans l’atelier de Daniel Authouart, je suis tout de suite frappé par l’absence de tableaux de l’artiste : seule sur un chevalet, je ne vois qu’une grande toile en cours d’exécution. Aux murs, des multitudes de dessins et documents punaisés, mais pas davantage. C’est que les tableaux d’Authouart, impatiemment attendus par des collectionneurs inscrits depuis longtemps sur une liste d’attente, disparaissent dès qu’ils sont terminés (c’est à dire au terme d’environ mille heures, en moyenne, de travail acharné, et encore ne sont-ils jamais considérés comme vraiment terminés par le peintre à qui il arrive de demander à y apporter quelques retouches des années après la livraison…).

Si, pourtant : dans un coin, accrochée assez bas, la toute première peinture d’Authouart est là, témoin émouvant de sa découverte de Toulouse-Lautrec alors qu’il n’avait pas quinze ans. Le professeur chez qui il préparait alors le concours d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts lui avait suggéré de reproduire, en format réduit, Au Moulin Rouge, et le jeune Daniel avait instinctivement retrouvé les moyens par lesquels, en superposant des jus minces, Toulouse-Lautrec avait traduit l’ambiance nocturne d’un lieu éclairé à la lumière artificielle : le jeu de réflexion des miroirs en particulier, propageant une curieuse lueur verte. Le peintre-nain est là, à côté de son ami le longiligne Tapié de Celeyran. La Goulue, vue de dos, rectifie son chignon un peu plus loin. L’adolescent de 1958 a tout vu et su tout transcrire.

Ce n’est pas par hasard si, beaucoup plus tard – ce sera en 2002 -, Authouart composera un tableau intitulé Boulevard Lautrec (une nocturne, justement). Sur le boulevard, à la hauteur du Moulin Rouge dans son état actuel, Toulouse-Lautrec est en train de traverser, accroché au bras de La Goulue qui elle même retient Valentin le désossé. Un cameraman en jean leur tourne le dos, seulement attentif à l’apparition d’une girl en haut de forme : ainsi va la vie dans notre monde voué à la superficialité, où l’un des génies absolus de l’histoire de l’art passerait inaperçu. Pas de Daniel Authouart en tout cas, qui lui a notamment emprunté sa manie de dessiner sans arrêt, remplissant partout où il passe d’innombrables carnets de croquis qui jonchent les tables de l’atelier de Rouen.

Autre forte impression d’adolescence, la découverte du Christ à la colonne du Caravage (1607), au Musée de Rouen, va marquer durablement Authouart : il découvre là que l’on peut représenter un superbe corps (le Christ n’a pas encore subi la flagellation, et le Caravage lui a donné une apparence sculpturale classique) tout en lui imposant des déformations anatomiques pour des raisons strictement plastiques (la tête penchée est au même niveau que l’épaule gauche, créant une ligne horizontale faisant contraste avec la verticalité de la colonne). La scène décrite avec une grande intensité dramatique par Caravage (les bourreaux ont des têtes caricaturales de sadiques) est une nocturne.

On ne s’étonne plus dès lors que, devenu peintre, Daniel Authouart affectionne les nocturnes ( au cours de la période récente, c’est notamment le cas pour Around the corner, Basquiat, Policierotic …) et que ses corps prennent parfois des apparences incongrues, non pas inventées, mais saisies sur le vif grâce aux fameux carnets : la dame excessivement grosse au premier plan à gauche d’une gouache préparatoire à N.Y. by night… war is over en témoigne. Sera-t-elle toujours là dans l’œuvre en cours que je vois dans l’atelier alors que le peintre estime qu’il lui faudra encore « au moins trois cents heures » pour l’achever ? Je n’en sais rien, et peut-être que l’artiste ne le sait pas non plus, car si minutieuse que soit la préparation de ses œuvres, si maniaque qu’en soit l’exécution, il me semble qu’il se réserve une part de liberté : ce que l’on appelle tout simplement l’inspiration.

Car l’immense travailleur qu’est Daniel Authouart est un travailleur inspiré. Il est ainsi toujours à l’affût des hasards susceptibles de lui offrir des trouvailles plastiques : cette étiquette sur un colis, par exemple : « Empty/do not destroy » récupérée en 2004 pour un tableau dans lequel figure l’Empire State Building. Deux ans après le 11 septembre 2001, cela fait sens, et d’autant plus pour Authouart que lui-même avait peint, en 1999, une toile intitulée New York Jungle Tours dans laquelle on voyait des avions enfiler les rues de Manhattan. On songe à Robert Motherwell découpant l’étiquette indiquant son adresse sur le carton d’emballage de la NRF à laquelle il était abonné pour la coller sur un de ses tableaux. C’est du même ordre chez Authouart, et c’est plus fort : d’abord ce n’est pas collé, mais reporté – et dans plus d’une oeuvre, puisqu’on retrouve « do not destroy » dans le tableau fait en hommage à Basquiat, représentant sa maison new-yorkaise – et cela interpelle directement le spectateur. L’extrême richesse des tableaux d’Authouart, les effets de saturation qu’ils produisent donnent à la fois matière à regarder et matière à penser. Il y a presque toujours quelque chose « en dessous », du seul fait que l’artiste a longuement travaillé couche après couche tout en ménageant des trouées allant de l’une à l’autre : des espaces où l’on trouve des bandes dessinées en particulier, inventées par Authouart dans le plus pur style des comics des quotidiens américains de la grande époque, qui ne sont jamais là par hasard.

Impossible d’appréhender les grands tableaux d’Authouart d’un seul coup d’œil. Ce descendant de Jérôme Bosch ne cesse jamais de nous raconter quelque chose, et ses jardins des délices paraissent inépuisables. Mais ces délices sont ambigus : le monde est à la fois formidablement intéressant et terriblement inquiétant, et nulle part ailleurs mieux qu’à New York l’on peut s’en apercevoir.

Authouart est fasciné par New York parce que c’est là que, assis sur un trottoir proche de Times Square pour mieux multiplier les croquis, il lit son temps et recueille la matière première d’une peinture d’exception. Une peinture qui réussit à transposer New York en tant que cette ville est le creuset de toutes les contradictions du monde, le lieu où interviendra peut-être une révolution salvatrice, faute de quoi ce sera la fin du monde. Près de quarante ans après la publication de Projet pour une Révolution à New York, ce livre baroque dans lequel Alain Robbe Grillet affirmait que « le crime est indispensable à la révolution. Le viol, l’assassinat, l’incendie, sont les trois actes métaphoriques qui libèreront les nègres, les prolétaires en loques, les travailleurs intellectuels, de leur esclavage, la bourgeoisie de ses complexes… », quarante ans après Authouart semble prolonger la leçon par le moyen de ses images. Ces dernières opèrent une véritable catharsis dont il faudrait le temps d’analyser le fonctionnement.

En transposant à peine la conclusion de l’inventeur du Nouveau Roman, je sens, en regardant N.Y. by night…war is over encore inachevé, que Daniel Authouart fait partie, et au premier rang, de ceux qui cherchent aujourd’hui des formes picturales capables d’exprimer (ou de créer) de nouvelles relations entre l’homme et le monde. Comme toujours, ce n’est pas évident à comprendre : n’oublions pas que le grand Nicolas Poussin lui-même avait sincèrement cru que Caravage était venu pour « tuer la peinture ».
Authouart n’est pas là non plus pour tuer la peinture, il est de ceux qui au contraire la réinventent sous nos yeux. Cela vaut sans doute un peu d’attention.

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Entretien avec Alin AVILA Daniel Authouart
« arearevue)s( » N°7
2004

Cinémania
américana

Daniel Authouart est un homo-pictor. Il n’est pas d’instant où
il n’a un crayon à la main, pas de seconde où son regard
scrute pour peindre avec avidité.
Il est un de ces peintres singuliers que la doxa intellectuelle
refuse de toucher sinon avec des pincettes, et en se bouchant le nez.
La présence de sa création est cependant indéniable, et son univers
- qu’il fascine ou qu’il dérange - a l’épaisseur d’une œuvre.
Elle se construit en grande partie autour du cinéma.


Peu après la guerre, tous les jeudis et les dimanches, avec les copains
on allait au cinéma, et si nous avions vu un western on jouait aux cow-boys et aux indiens ; aux corsaires, si c’était un film de pirates. Ce n’était que des films américains, j’ignorais que le plan Marshall avait imposé, à l’Europe en reconstruction, son lot de films…
Mon imaginaire, et celui de presque toute ma génération, a été nourri par les images de ces films.
Vous voulez que je vous dise que c’est une colonisation de l’esprit…
Bien sûr, mais l’histoire n’est-elle pas faite de ces grandes vagues qui nous émerveillent encore… Pourtant elles ont dû, elles aussi, imposer leurs drames… L’Egypte, la Grèce, Rome,…
Le Siècle des Lumières qui essaimait le Français et son esthétique dans toute l’Europe…
Aujourd’hui, on ne peut que le reconnaître : c’est l’Amérique qui
satellise tout, impose son économie, son mode de vie et ses modèles…
Et Elle l’a fait notamment grâce au cinéma…
J’en suis une victime ou son enfant…A vous de juger…
Déjà petit, je faisais des croquis…mais c’est en 1976, au Studio Bertrand où on donnait les classiques d’après-guerre, qu’absolument, j’ai été bouleversé par l’esprit du lieu. Je rentrais et je faisais un tableau tout rouge, il voulait dire « Qu’est ce que j’ai pu être heureux dans ces cinémas. » Au même moment Eddy Mitchell écrivait La dernière séance… Et depuis, je ne vais pas cesser de revenir sur le sujet, un carnet à la main, dessinant salles et façades dont je devinais qu’elles étaient appelées à disparaître…

Vous n’êtes pas le seul dont l’imaginaire
a été formé par les images du cinéma…Qui
pourrait dire, « j’ai résisté à cela »…
L’histoire appréciera si la conquête américaine
aura été aussi pacifique qu’elle apparaît.
Le sang ce n’est pas seulement ce liquide qui
coule dans les veines… Comment pourriez vous
parler de l’infiltration des images en vous ?

Je dirais que je suis une éponge, j’absorbe comme nous tous, notre
environnement. Celui-ci est au diapason de l’Amérique. En tout domaine, positivement
ou négativement , la référence aux Etats-Unis est permanente. Je suis aussi un témoin.
Je ne suis pas soumis, je parle de mon temps.
Je ne suis allé en Amérique qu’à l’âge de quarante ans. Jusqu’alors
je m’étais inventé en gamin mon Amérique, et à New York, un grand nombre d’américains
ont adhéré à ma vision enfantine, et c’est encore là-bas que part le plus grand nombre
de mes tableaux. Ils comprennent ce que je ressens.

L’Amérique est votre patrie
par procuration, et depuis,
vous y allez tous les ans…

Je pars à la recherche de ce que j’ai vu dans les films. Je parcours
New York en chasse des lieux qui me rappellent le cinéma, ce que je connais déjà, ce
que j’ai déjà vu et qui habite ma mémoire. Si j’en trouve un, je m’assois par terre et dessine.

De l’œil à la main, le crayon est l’outil qui
vous fait saisir le monde…

Toujours… Quand j’allais au cinéma je faisais des dessins. Souvent
dans un petit coin du tableau, je les incluais. Mes tableaux - faits de plusieurs scènes qui se
mélangent – me le permettent.

C’est d’ailleurs par cet autre aspect que
votre travail entretient avec le cinéma une
relation structurelle : celle de la narration.
Dans le grouillement de personnages
en action, nous pouvons deviner qu’il se passe
des choses. Les éléments présentés
entretiennent un propos qui appartient plus à
la fiction qu’à l’art figé de la peinture.
Par exemple, cette œuvre
que vous avez intitulée Manhattan colors…

Commençons par le haut à droite. J’ai refait l’affiche des Oiseaux
d’Hitchcock, mais voilà qu’ils quittent l’image pour s’envoler dans le ciel, un bout de
celui-ci se découpe dans le lourd cadre doré d’un écran de cinéma où, à l’intérieur, on
reconnaît Monument Valley, au pied duquel courent les chevaux de n’importe quel Western
de mon enfance… De l’autre côté des fauteuils occupés par des spectateurs qui regardent
l’écran…

… A vous suivre, nous voilà emportés comme
sur la spirale des rêves éveillés…
forme, mot, espace s’ouvrent sur un autre
proche. De glissement en glissement, il n’y a
plus de réalité, parce qu’il n’y a plus
séquence temporelle, et pas de rupture dans
l’espace. Le tableau, compact comme un livre
nous parvient au regard tel une masse de sens
qu’il faut détisser.

… Et cela continue, les chevaux ont vite quitté l’écran et rentrent en
ville… Là, les cow-boys vont se battrent avec les Indiens. En voilà un sur le trottoir, il
saigne et semble mort… Auprès de lui quelqu’un trempe dans son sang un pinceau.
C’est Pollock, et c’est moi l’enfant qui, un carton sous le bras, le regarde…
Mais d’autres parcours sont possible. Là, par exemple, en bas à
droite, c’est Niki de Saint-Phalle, elle tire à la carabine sur une enseigne que l’on devine
être un Jasper Johns. Le laser de la balle croise l’autre rai de laser qui part de la flèche de
l’indien jusqu’au canon du pistolet du premier des cow-boys. Voilà deux histoires sans
rapport qui se croisent. Pourquoi ? Et là c’est Beuys avec un nez de clown, il est avec
Warhol , tous deux titubent indifférents au devant de ce qui pour moi est le vrai sujet du
tableau, la distance qui les sépare de cette voiture rouge, où là, une blonde embrasse le
chauffeur. Celui-ci va-t-il perdre le contrôle du véhicule ?. Ne va-t-il pas écraser les deux
artistes ? On ne le saura jamais, puisqu’il ne s’agit pas d’un film mais d’un tableau.

C’est la logique de la construction des jeux
de mots, ce glissement tourbillonnant et
immobile qui laisse au spectateur le soin de
l’interprétation. Découvrir aujourd’hui
quelque chose et demain en avoir une autre
lecture… les réseaux de significations et les
moteurs narratifs se superposent,
s’embrouillent : confusions, intuitions, en
cela le peintre serait vraiment le témoin de
ce qui est comme de ce qui advient
Vous vous êtes souvent intéressé
à Marylin par exemple…

Je n’ai pas pu m’en empêcher. Cette femme au physique intouché,
a-t-elle vraiment existé ? N’est-elle pas qu’une émanation lumineuse ? Marylin est à l’écran,
elle est là, elle est présente. Elle est là comme un fantôme qui traverse ma vie, et celle de
combien de nos contemporains. Il y a pour moi quelque chose de magique. On peut tomber
amoureux des acteurs et de leur jeu. Le visage de Marylin est bien plus présent que celui des
amis importants que j’aurais eus. De qui est-on amoureux alors, sinon d’un fantôme bien
présent.
Le cinéma, c’est ça aussi, rendre présents perpétuellement des morts,
nous les rendre proches. Avec le cinéma les fantômes sont parmi nous.

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Texte de Lydia HARAMBOURG dans La Gazette Drouot, avril 2002.

Le dessin comme exorcisme. Dessiner comme on respire. Le dessin pour supplanter les mots et la parole. Authouart entretient des liens intimes, au-delà du raisonnable, pourrait-on dire avec le dessin. Il nous montre cette face cachée de son travail, la face risquée de sa création en gestation. La face impudique parce quelle confesse ses peurs comme ses fantasmes, avoue ses folies d'un instant, sa mauvaise conscience. "Dessin à dessein" nous montre les vrais dessous, avant qu'émerge la peinture, dont une rétrospective dans cette même galerie en 1999 avait rendu compte. La ligne conjure l'instant, l'immédiateté. Elle pactise, elle étreint et cerne le sens. L'exposition ouvre sur la présentation intégrale d'un cahier rempli de dessins réalisés sous l'emprise de la douleur vécue par Authouart pendant l'agonie de sa mère à l'hôpital. Récit brutal, volontairement provoquant où les soubresauts des ultimes moments renvoient à une extase sexuelle. Le dessin devient libérateur du mal, comme accoucheur d'une nouvelle vie. Le roi est nu. A ce délire graphique répond une sincérité que l'on retrouve avec la série des "coups de crayons" qui sanctionnent les décennies passées. Journal qui s'écrit au rythme des pulsions vitales, sismographe des émotions en prise sur un réel éphémère. Le troisième volet concerne une suite de dessins improvisés inspirés par son exposition à la galerie.

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Texte de Daphné TESSON dans Le quotidien du médecin, avril 2002.

Muni d'un crayon, le jour comme la nuit, Daniel Authouart croque la vie par réflexe. Il en capte l'ironie, la complexité. Rien ne semble échapper à cet ancien professeur de dessin qui s'inspire du monde contemporain, en retranscrivant d'un trait talentueux la perversion, la licence et la violence de notre époque. Mais Authouart ne s'en tient pas à un compte-rendu fidèle de la réalité. Il excelle aussi dans la transcendance.
Un style outrancier, une verve et une prodigalité singulières permettent à l'artiste de traduire ses fantasmes, sa mythologie personnelle, la face cachée de l'existence, le cynisme des situations... Son coup de crayon est brutal, son imagination débordante. C'est avec beaucoup de plaisir que l'on se plongera dans cet univers de divagation, dans cette folie contrôlée aux manifestations très originales.

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Extrait du livre AUTHOUART "Le grand canyon du supermarché des images", texte Jean-Louis PRADEL (éditions Somogy), 2002.

Généreuse et prodigue, tourbillonnante jusqu'au vertige, la peinture de Daniel Authouart, trop virtuose, trop figurative, trop pleine d'un irrépressible besoin de tout peindre, ne peut, ni ne veut, prétendre à l'esthétiquement correct qui sévit aujourd'hui. Au mépris des prudences carriéristes et des stratégies normalisées par la mode, le marché et l'institution, Daniel Authouart affiche avec insolence sa liberté d'autodidacte très tôt jeté dans le grand bain des images. Ses tableaux ne sont pas de tout repos ! Le délire onirique le plus échevelé conjugué au réalisme documentaire le plus scrupuleux convoquent à la fois l'exigeante précision du dessin, les subtiles audaces de la couleur et tout un arsenal d'images ready-made ramassées dans les greniers de la mémoire collective comme au plus profond du labyrinthe des émotions et des couleurs du peintre. BD, photos de pin-up, stars du cinéma ou du rock and roll, plages normandes désertées ou Broadway, canettes abandonnées et vieux journaux poussés par le vent, nostalgie du rêve américain tournant tout à coup au cauchemar, l'autobiographie romanesque que donne à voir la peinture de Daniel Authouart fait feu de tout bois pour entraîner le visiteur vers l'ailleurs très singulier, plein de bruit et de fureur, dans lequel se précipite son train fantôme lancé à toute vitesse. Impossible de descendre en marche !

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Extrait de l'édition complète et définitive de l'ouvrage "L'aventure de l'art au XXe siècle" sous la direction de Jean-Louis FERRIER (éditions Chêne Hachette), 1999.

Une si jolie civilisation.

Une civilisation épatante, la nôtre - avec ses congés payés, son bien-être pour tous, sa sécurité sociale, mais des hôtels en piteux état et des carcasses d'automobiles abandonnées sur la plage -, dans laquelle toujours quelque chose cloche... C'est ce que montrent la plupart des oeuvres de Daniel Authouart, cinquante-cinq ans, l'un des meilleurs peintres français actuels.
L'exposition qui, en ce début d'automne, présente à la galerie du Centre parmi ses œuvres récentes, trois grands tableaux consacrés à un New York rêvé aboutissant vite au cauchemar, en apporte un nouveau et éclatant témoignage.
Dans Movie Street, le premier d’entre eux, on voit défiler, en opposition à un chef indien dont le cheval caracole en plan rapproché, les héros légendaires du cinéma : Laurel et Hardy, King Kong, James Dean, Grace Kelly, Brigitte Bardot, Charlie Chaplin qui traverse la chaussé au milieu de la circulation en tenant Jackie Koogan par la main. Puis dans le deuxième, American Psycho, Clint Eastwood, dont le bras armé d’un pistolet surgit d’une affiche, et le chef indien s’affrontent à coup de rayon laser. Avant la dégradation finale, dans Manhattan Colors, où Jackson Pollock réalise un dripping à même le trottoir tandis que Beuys, chapeau cabossé et nez de clown, et Warhol, chaussé de lunettes cassées, figurent deux pochards en rade au petit matin.
Authouart a nourri son adolescence de bandes dessinées, d’histoire de Peaux-Rouges, de thrillers, de films américains. Aussi n’est-il pas étonnant que, dans ces trois tableaux, il laisse la bride sur le cou à une imagination qui a son origine dans une fascination précoce pour l’Amérique. Toutefois, il ne s’agit aucunement de fétichisme, même s’il a consacré à Marilyn Monroe plusieurs toiles dans lesquelles la star est couchée sur une table de dissection, la poitrine ouverte par un médecin légiste après sa mort le 5 août 1962, dont on ne sait toujours pas si ce fut un meurtre ou un suicide.
Cependant, moins que la mort, ce qui hante Authouart, c’est l’usure. Non seulement celle des êtres, fréquente dans ses œuvres où les vieux et les vieilles sont monnaie courante, mais surtout l’usure des objets qui nous entourent à profusion dans notre société de consommation, et dont la vie est beaucoup plus brève que celle des humains : les entassements de cartons, de cageots, de vieux pneus, de téléphones au design démodé, de télévisions usées jusqu’à la cathode, dans la peinture d’Authouart, orientent le genre apaisant de la nature morte vers une philosophie du rebut et de la vanité.
Par ailleurs, un de ses tableaux programmatiques, To paint or not to paint ?, exécuté il y a vingt ans, met en scène les puissants de ce monde – Brejnev, Pinochet, le Pape – en train de naviguer dans une piscine sur un pédalo vétuste armé d’une mitrailleuse, au milieu de baigneurs qui hésitent à se jeter à l’eau. Portrait de groupe de ceux qui nous gouvernent, malades, impuissants, chosifiés, et nous mettent dans le bain. Le progrès est un leurre, une « blague », comme l’écrit Flaubert dans Bouvard et Pécuchet, qu’Authouart cultive en flaubertien avisé.
Toutefois, même dans les toiles les plus dures, Authouart ne donne jamais dans le misérabilisme. A peine une critique des mœurs. Notre si jolie civilisation, au fond, il s’en amuse. Il est rare que l’image picturale résiste au monde multimédiatique dans lequel nous vivons. Authouart, lui, surfe sur la vague de la modernité, sans haine mais également sans illusions.

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Extrait du livre AUTHOUART, texte Jean-Louis FERRIER (éditions HC Arts), 1998.

Mais, peut-être, Authouart est-il-surtout un fou d'Amérique : celle des Indiens et des cow-boys, du cinéma... ainsi qu'on peut le voir dans sa Trilogie new-yorkaise, trois grandes toiles de 2 m x 3 m, d'une maîtrise exceptionnelle. La première d'entre elles, Movie Street, se situe à l'angle de la 42e rue, à quelques mètres de la bouche de métro dont le courant d'air chaud soulève la robe plissée de Marilyn Monroe dans Sept ans de réflexion. Avec son Indien emplumé sur un cheval piaffant, son encombrement de grosses cylindrées, Charlie Chaplin qui traverse la rue en tenant Jackie Koogan par la main, son affiche de Laurel et Hardy, une autre de King Kong, ses titres de films célèbres - Midnight Cowboy, West Side Story... - qui alignent leurs lettres rouges sur des panneaux lumineux blancs, elle est une glorification du rêve américain. La deuxième, American psycho, située à Times Square dans un contexte analogue d'encombrement automobile où Clint Eastwood, dont le bras qui sort de l'affiche d'un western, brandit son colt et l'Indien qui bande son arc échangent un rayon laser, donne une image moins heureuse. Jusqu'à la dégradation de sa troisième toile, Manhattan Colors, où, dans Manhattan, un chauffeur éméché qu'une blonde embrasse sur la joue, prend un virage à toute allure, tandis que Beuys, chapeau cabossé et nez de clown, et Warhol chaussé de lunettes cassées, figurent deux pochards en rade au petit matin.

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Extrait du catalogue "Une reliure pour des manuscrits Bouvard et Pécuchet conçue et réalisée par Daniel AUTHOUART et Marie-Louise BLAREZ-FONTENEAU" dans le cadre du mois du patrimoine écrit (éditions Bibliothèque municipale de Rouen), 1992.
Textes Paul et Florence Vercier.

L'artiste a aussi marqué cette image avec les codes qui lui sont propres, et qui ramènent à beaucoup d'oeuvres antérieures : l'amoncellement des objets sous la bâche secouée par le vent renvoie à tous les entassements hétéroclites qui figurent dans des tableaux des années 70, souvenir de ce qu'il voyait dans l'appartement de sa mère quand il était petit garçon. C'est de cette époque de sa vie que date la pendule qui inexorablement marque quatre heures moins cinq, à la fois allusion à un bonheur tout proche et première notion acquise du temps qui passe ("Quand la grande aiguille sera en haut, tu pourras aller faire un tour de manège" lui avait dit sa mère). La force de cette image rejoint celle de l'illustration de La Destruction dans Les Fleurs du Mal de Baudelaire. Elle se raccorde aux grands mythes du passé : le tourbillon qui enlève l'homme au grand galop vers son destin final, la mort.

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Extrait du livre AUTHOUART, texte Francis PARENT (éditions Lecerf), 1989.

To paint (to paint or not to paint ?) est "la seule toile depuis Guernica qui parle vraiment de son temps" confie Authouart (presque) sérieusement. Il est vrai que cette oeuvre importante parle non seulement du peintre (comme toujours), mais aussi de dictature de droite, dictature de gauche, de sexe, de religion, d'enfance et de vieillesse, de guerre, de droits de l'homme, etc. puisque tout cela est évidemment dans "le même bain". Pour Authouart, témoigner, construire une oeuvre qui corresponde à notre époque lui paraît être "la meilleure utilisation du temps qui lui reste à vivre". Mais aussi, face à tous ces problèmes politiques et sociaux, lorsque l'on est un peintre lucide, comment ne pas s'interroger courageusement comme le fait ici Authouart, avec le pinceau-pistolet sur la tempe ; "to paint or not to paint ?".

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Extrait du texte de Paul et Florence VERCIER pour le livre "Authouart"
(éditions La Grenouille Bleue), 1984.

Présenter le peintre Daniel Authouart et son travail par l'analyse d'un seul tableau peut paraître une gageure. Mais toute oeuvre d'art n'est-elle pas révélatrice de celui qui l'a fait ? Elle intègre toutes les facettes du vécu de l'artiste, aussi bien celles qu'il contrôle que celles qu'il révèle malgré lui. Au niveau conscient, le choix des motifs et l'organisation de la toile pour un propos donné sont facilement appréhendés par l'analyse formelle. Moins directement, l'oeuvre témoigne aussi des expériences picturales passées. De façon plus cachée, et parfois même à l'insu du peintre, elle ouvre des aperçus sur sa psychologie ou les profondeurs de l'inconscient. Dernière remarque générale, elle porte l'empreinte du lieu et de l'époque où elle est conçue, du fait que l'artiste absorbe et renvoie sur la toile les influences du milieu spécifique qui l'environne, dans la France de cette fin du XXe siècle.

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Extrait du texte de Maurice ACHARD pour le livre "Authouart"
(éditions Le territoire de l'oeil, Pierre Horay éditeur), 1978.

Et le paquebot d'Amarcord envahit l'écran. C'était un grand film. Il y a souvent des bateaux qui flottent, au fond des tableaux d'Authouart. Il se souvient d'une vieille amie qui quittait Paris en voiture pour Le Havre chaque fois que le France s'annonçait au port. Rien que pour le voir. Pire qu'une femme de marin. Ne l'appelez jamais comme ça. Authouart s'en souvient. Amarcord. On pourrait jouer au jeu de Georges Pérec, l'écrivain. Vous me conjuguerez six "je m'en souviens" en une minute sans réfléchir. Si je m'en souviens...
Je me souviens qu'Amarcord veut dire je me souviens.
Je me souviens qu'on parlait de cinéma. Authouart ne se fait pas le sien, c'est la vie qui le fait pour lui. Quand il s'asseoit à la terrasse d'un café, par exemple, comme les quatre autres, pour faire son courrier ou pour croquer quelque chose, il observe comme tout le monde les gens qui circulent et cette animation se débrouille toujours, au jour le jour, pour faire passer devant lui des personnages qui deviendront ceux de futures créations.