AUTHOUART exposition « A NEW WORLD » – 2009

La perle des " foires off " de la FIAC

Le journal Le Monde a expédié en une colonne, dans son numéro daté des 25-26 octobre, les " foires off " gravitant autour de la majestueuse FIAC : Cutlog, Show Off, Art Elysées, et Slick. Harry Bellet et Philippe Dagen y ont repéré quelques perles, dont celles de Duncan Wylie, ce que l’on ne saurait trop approuver. Mais il semble qu’ils aient pressé le pas dans le très long couloir d’ Art Elysées (de Champs-Elysées Clémenceau à la Concorde), ne consentant à citer que Hartung, Degottex et David Rubinger. Ils n’auraient donc pas apprécié, ou pas vu, le grand tableau de Daniel Authouart, A New World (2m67 de longueur). Tableau imposant par sa taille, mais surtout fascinant par sa complexité et son humour mêlé d’une réelle gravité.Le fou de peinture qu’est Authouart (il passe plusieurs milliers d’heures sur chaque tableau) a accueilli avec enthousiasme l’élection d’Obama à la présidence du pays auquel il consacre une part essentielle de son œuvre depuis des décennies. Il exprime sa joie, mais aussi les questions posées par ce bond en avant de la démocratie.

Déjà, en 2007, il avait peint I have a dream, terminé deux semaines avant l’élection, qui rendait compte picturalement de " l’étrange vibration " (selon ses mots) qui entourait l’émergence de l’homme d’Etat noir. Comme d’habitude dans le cadre de la série The comics section commencée en 2002, A New World est un palimpseste : Authouart a créé une grande page de bandes dessinées sur laquelle il a peint un tableau en dialogue avec ce fond. Dans la profusion inouïe de figures et de détails de cette représentation de Times Square, l’œil est d’abord attiré, au premier plan, par la guitariste qui fait là la manche, elle est plutôt enveloppée, et nous tourne le dos (c’est-à-dire plutôt ses fesses faiblement revêtues d’un string). Elle échange un regard avec une femme en burka, au fond, dont nous remarquons les sandales flottantes, l’artiste ayant veillé à ne pas représenter ses pieds : fantômatique, étrangère à tout ce qui l’entoure, elle offre un contraste absolu avec la guitariste bien en chair et bien sur terre.

Autre contraste riche de significations, le 4x4 Hummer qui fonce vers le centre de la composition est mis en parallèle avec l’affiche de la comédie musicale The raft of the Medusa. Dans le 4x4, un noir agite une étoffe semée des étoiles du drapeau américain. Dans le radeau de Géricault, n’était-ce pas un noir brandissant un drap blanc qui désignait le bateau de l’espoir ?  Quantité d’autres thèmes, savamment agencés par un artiste inspiré et sûr de ses moyens, parsèment ce tableau incroyablement riche. On a compris que, selon moi, A New World était l’une des plus belles perles des foires off.
La lettre hebdomadaire de Jean-Luc CHALUMEAU, éditorial du 28-10-2009


A New World  (huile/toile 2009)