Authouart, l’artiste de la 42e rue

Authouart, l’artiste de la 42e rue

Daniel Authouart expose des peintures, dessins et lithographies à la galerie Pascal Gabert du 15 novembre au 12 janvier, et l’on retrouve avec plaisir le peintre qui s’asseyait sur le trottoir de la 42e rue à New York, adossé à un réverbère, dans les années 80-90, de manière préférentielle.

Il y est régulièrement retourné depuis,  et nous présente notamment aujourd’hui On 42nd Street, une gouache sur papier préparé de 2018. Cette rue fétiche fait partie des sujets dont la structure et les couleurs s’accordent le mieux avec le motif général.

 Il faut insister sur le fait que ses « papiers préparés » sont une étape importante dans le processus de création de ses tableaux. Authouart a créé ses premiers papiers en 1985 pour remplacer des feuilles au grain très irrégulier qu’il ne parvenait plus à se procurer dans le commerce. Le support est désormais une feuille d’Arches (27 x 38 cm) très épaisse, sur laquelle il colle des photos, des publicités et des petits objets entrelacés dans des bandes de kraft. Il peint directement dessus afin d’obtenir une composition abstraite. Lorsqu’il part en voyage pour dessiner dans les rues, il transporte toujours dans son carton à dessin quelques papiers préparés. Devant son sujet, il choisit celui dont la structure et les couleurs révèlent le mieux son état d’esprit. Puis il commence à dessiner et s’engage alors un rapport de force entre le fond et le sujet : ce sont ses palimpsestes, à l’origine de la plupart de ses toiles.

Le résultat ? Une inimaginable profusion d’objets et de signes qui sursaturent l’espace plastique de Daniel Authouart, ou plutôt les espaces, puisque ses tableaux sont des palimpsestes, où les images surgissent ou transparaissent çà et là, venues du dessous.

Cette incroyable profusion déclenche chez le spectateur un réflexe de contemplation pure : littéralement une sidération. Cette sidération ne consiste sans doute pas en un anéantissement immédiat des forces vitales du spectateur, mais bien en un arrêt provisoire de ses facultés critiques. Il contemple, comme devant une pure abstraction, perdu dans les méandres d’une circulation d’images dont il remet à plus tard la découverte de son sens. L’art d’Authouart ne montre pas le monde, il le dit, et ce qui parle en lui est moins ce qu’il représente (la folle agitation de la 42e rue par exemple) que le sensible qui est le moyen de la représentation. Ce sensible, Francis Bacon l’appelait pour lui-même comme pour Van Gogh le « diagramme ».

De même en effet que Van Gogh exprimait  son désespoir par les bâtonnets de sa touche, non par l’image d’un lit ou d’un champ de blé, de même Authouart exprime la mélancolie d’un monde en perdition (il ne l’observe jamais mieux qu’à New York) à travers son inimitable manière d’enchaîner les images les unes près des autres et les unes sur les autres (les palimpsestes) dans des combinaisons improbables dont la cohérence n’est que picturale, et c’est bien cela qui compte.

La leçon implicite de l’œuvre de Daniel Authouart, c’est que l’art ne représente vraiment qu’en exprimant, c’est-à-dire en communiquant, par la magie du sensible, un certain sentiment à la faveur duquel  les objets et les figures représentés peuvent apparaître comme présents.  S’il est signifiant, l’objet esthétique selon Authouart ne l’est que parce qu’il est d’abord expressif. Il faut vite aller 11 bis rue du Perche pour l’éprouver.

Jean-Luc Chalumeau Critique et professeur d’histoire de l’art

Carton-expo-Authouart-Gabert-2018Daniel Authouart, On 42nd Street, gouache sur papier préparé, 38×29 cm (2018)