Authouart ou l’Amérique au coeur – 2017

Authouart ou L’Amérique au cœur

 Présentée avec le sous-titre EXIT, œuvres récentes, la nouvelle exposition que Daniel Authouart dévoile à la galerie Hamon est riche d’une quarantaine d’œuvres comprenant des gouaches, des dessins à l’encre ou au crayon de couleur, des études, de l’aquarelle mêlée au pastel, ainsi que six lithographies explorant les thèmes favoris de l’artiste. L’Amérique entre mythe et réel se trouve une nouvelle fois au cœur de son inspiration. Authouart, à l’exemple d’Hitchcock, s’y met lui-même en scène de dos… en train de dessiner.

Le moins que l’on puisse dire de cette nouvelle exposition d’Authouart est qu’elle donne accès à plusieurs aspects de son œuvre. Faisant appel à différentes techniques, elle illustre, s’il en était encore besoin, les qualités de dessinateur du peintre qui s’adapte sans peine à tous les modes et supports d’expression dont la gravure à l’eau forte. Tout ce qui s’apparente au rêve américain parvient à attiser son insatiable boulimie d’images, mais au-delà de ce qui pourrait passer pour un fantasme récurrent, le peintre retrouve à travers les rues de New York sa jeunesse éclose sur les ruines de la dernière guerre.

Transcendé par le cinéma et les ondes radiophoniques, tout ce qui venait d’Outre-Atlantique ouvrait alors aux jeunes gens un horizon plus ou moins lié aux stars du 7ème art, aux grands espaces, à la vitesse et à la frénésie du rock-and-roll. On ne peut cependant réduire Authouart à l’Amérique, dont la fascination n’éclaire qu’une part de sa motivation dans laquelle entre une bonne dose d’érotisme aisément repérable. Je ne fais guère ici que suivre ses propres déclarations.  Disons pour résumer que la peinture d’Authouart est inséparable du désir, comme si, chemin faisant, il s’inventait une autre vie, tout à la mesure des attentes cristallisées du jeune homme qu’il fut. Il s’y mêle parfois un nostalgique parfum de polar et toute une imagerie issue du monde de la BD dont le modèle américain fut longtemps largement dominant.

Si nous savourons ses gouaches, d’une délectable intensité (Meurtre à l’hôtel, Jeep), nous retrouvons ici le trait jaillissant du dessin puisé sur le vif : crayon noir ou de couleur, rapido, encre, etc. Authouart, dont les talents de portraitiste sont bien connus de ses aficionados, se livre aussi à des exercices plus intimes (portrait d’Ivry Gitlis, Fillette au piano, Téléphone décroché, etc.). Et son fameux manège, si représentatif d’une période antérieure de sa vie, est là pour nous rappeler la part de gravité et de nostalgie que charrie aussi sa peinture, faussement assimilée au tourbillon étourdissant de la grande Babylone moderne. Rappelez-vous donc ses chevaux de bois comme ensablés dans la mémoire du temps et cette salle de cinéma projetant les dernières images de Modern Times, le film légendaire de Chaplin.

Il y a fort à parier qu’Authouart saura, une fois encore, toucher le cœur de ses fidèles et de tout un public entrant aujourd’hui dans la vie. N’a-t-il pas conservé, lui aussi, cette énergie qui fait tout le charme de la jeunesse ?

Texte de Luis Porquet, critique d'art, mars 2017

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